Le bonheur : Un des plus beaux moments de ma vie après le décollage en avion et l'arrivée de mon fils en France il y a plus de dix ans. Et pas seulement parce que mon fils m'avait demandé d'être dans la salle de travail. Mais car, selon moi, nous avons été merveilleusement heureux, lui et moi cette nuit-là. Mon fils, en me faisant vivre la naissance de son fils m'a mis au milieu d'un évènement énorme. Ce fut un moment magique. Je reviendrai dessus. L'accouchement en pleine nuit s'est très bien passé et vite. Le bébé et sa mère allaient très bien même si elle avait perdu les eaux 2.5 jours et demi avant sans comprendre ce qui arrivait et qui aurait pu mettre le bébé en danger. Le personnel hospitalier m'a permis de rester car je venais de loin. C'était le printemps. L'air était doux. Quand nous sommes sortis de la maternité vers 4H du matin avec mon fils, nous avons un peu tourné dans la ville à la recherche d'un taxi. Nous parlions, nous parlions, nous parlions. Nous avions hâte d'y retourner. Soudain, nous nous sommes retrouvés à proximité d'une boulangerie. L'ai sentait bon le pain et les croissants. Depuis, quand je sens l'odeur du pain, je pense à cette nuit. Chez lui, il avait préparé le canapé en lit. J'étais donc attendue. Cela m'a touchée. Nous avons continué à parler encore et encore du salon à sa chambre. Nous avons ri. Vers 7H, il m'a réveillée pour que je l'accompagne à la mairie où il a reconnu son fils qui porte le prénom de mon mari en second prénom. Retour ensuite à la maternité pour quelques moments supplémentaires de bonheur jusqu'à la douche froide en fin de mâtinée.

Retour en arrière : A peu près une semaine avant la naissance, je téléphonais au moins trois fois par jour chez eux pour arriver à temps car ils n'avaient pas d'unité téléphonique...Le soir prévu de la naissance, j'ai pris le train puis le taxi. Il était environ 22H30. Mon fils m'attendait en bas de chez lui. La future mère venait de partir avec les pompiers et mon fils qui savait que j'étais fiable ne doutait pas que j'arriverais comme prévu à l'heure prévue. Direction la maternité où je devais assister à l'accouchement à la place de mon fils qui n'y tenait pas trop. Sur place, changement de programme : mon fils assistera à la naissance. OK, je fais mauvaise fortune, bon coeur. Mon fils viendra me chercher trois fois pendant le travail. J'ai même tenu la tête de la future mère pendant qu'elle poussait. Et puis, après, que du bonheur : la petite pièce où on nous isole, le bébé très clair qui essaie de têter, ses petits yeux fermés entourés de jaune, son petit bonnet, ses petites mains pas trop fripées, le petit pyjama. Il ressemble beaucoup à ce moment - là, selon moi, à son grand-père maternel. Personne ne semble fatigué. Je prends plein de photos de ces moments précieux. Dans l'autre chambre où il y a déjà une autre mère qui vient d'accoucher, mon fils prend les premières photos de son fils avec sa grand-mère.Voilà, je suis grand-mère. C'est génial. Mon fils est fou de bonheur. A ce moment là, en le voyant, je sais que mon fils saura prendre ses responsabilités et élever son garçon. Je ne doute pas à cet instant là, qu'il saura lui apprendre les choses fondamentales et belles. J'imagine déjà des Noël, des vacances, les anniversaires, la fête des écoles. Je ne suis pas la mère de cet enfant mais sa grand mère et ça n'a rien à voir. Je sens que je vais vivre des grands moments de plaisir en jouant avec lui sans avoir à l'élever puisque ce n'est ni mon rôle ni ma place. Un autre monde s'ouvre pour moi alors. Nous sommes en pleine nuit et mon fils prend des photos de son fils avec sa grand-mère. Moments inoubliables.

La douche froide : elle n'a pas tardé ! Le bébé n'a pas 12 heures. La grand-mère maternelle entre dans la chambre avec ses deux autres enfants. Elle demande aux jeunes parents qui sera parrain et marraine du bébé. Ils donnent le prénom de deux amis à eux. Elle traite alors sa fille de "con", je cite : "mais qu'est ce que tu es con ma fille, mais qu'est ce que tu es con. Tu ferais mieux de choisir ta soeur. Elle est con ma fille, mais elle est con". Elle me dit enfin bonjour et me demande quand je suis arrivée. Je réponds "la veille pour l'accouchement comme prévu par les parents" et là, elle explose et me dit que je "n'ai rien à faire ici, qu'elle est la seule grand-mère, la vraie grand-mère, que c'était à elle d'être là dans la salle de travail et pas à moi", et puis, elle m'invite à dîner avec mon mari pour fêter "quand même ça" ! Ca ne va pas la tête, non ? Je viens de me faire insulter et devant plusieurs personnes encore, par quelqu'un qui cherche à m'humilier et qui m'invite ensuite chez elle. Je réponds simplement que j'ai suivi les instructions des jeunes parents et que j'attends mon mari pour aller fêter "ça" avec mon fils. Non mais. Je ne suis pas une fausse grand-mère, je ne me suis pas imposée et je n'ai pas oublié que pendant la grossesse, elle avait dit à sa fille (qui me l'a répété) que ce serait mieux que mon fils ne reconnaisse pas le bébé, comme ça, en cas de séparation, il n'aurait aucun droit sur lui ! Donc, c'est un non poli mais ferme. Mais la fête est gâchée. Elle ne se demande même pas pour quelles raisons, elle a été prévenue au petit matin et pas le soir. Elle semble mourir de jalousie. D'abord de sa fille qui est maman (eh oui, ça vieillit d'être grand-mère d'un seul coup ! ), ensuite de moi qui aie été prévenue avant elle et qui étais sur place. Comme a dit mon fils, "tout allait bien jusqu'à ce qu'elle arrive".

Ce que je n'ai pas remarqué sur le moment,c'est que ni mon fils, ni sa compagne n'ont protesté quand elle m'a insultée et là, j'aurais dû me méfier. Mais finalement, cela aurait servi à quoi ? Que peut on bien dire aux gens qui sont contre l'adoption, qui ne sont pas assez généreux pour considérer un enfant comme le leur, pour s'en occuper comme le leur même si c'est très difficile, qui ne comprennent même pas ce que c'est, qui ne croient que dans le sang et la chair comme si cela faisait l'attachement ? Quand on est parent adoptif ou biologique, on veut le mieux pour ses enfants, on veut leur apprendre et leur montrer le plus beau même s'ils ne le veulent pas, même si on doit leur apprendre en insistant parce qu'on pense que c'est pour leur bien, on veut leur transmettre des valeurs et des convictions et surtout on a toujours peur pour eux. C'est tout. Le sang et la chair n'ont rien à voir avec cette affection là et il me semblait que mon fils l'avait bien compris en me demandant d'assister à la naissance de son enfant.